Marguerite BARANKITSE, lauréate du prix aurora, au service des réfugiés et des orphelins

marguerite-barankisteMarguerite Barankitse de la Maison Shalom et de l’hopital REMA au Burundi a été nommée lauréate de la première édition du prix Aurora for Awakening Humanity d’un million de dollars. L’admirable dévouement dont elle a fait preuve en sauvant des milliers de réfugiés et orphelins durant la guerre civile au Burundi fut honoré à Erevan le soir du 24 avril où elle s’est vue remettre le prix par George Clooney, coprésident du Comité de Sélection du Prix Aurora.

Dans son discours de remerciement, Barankiste a déclaré: “ Nos valeurs sont des valeurs humaines. Si vous éprouvez de la compassion, de la dignité et de l’amour, alors rien ne peut vous effrayer, rien ne peut vous arrêter, rien ne peut entraver l’amour. Ni les armées, ni la haine, ni la persécution, ni la famine, rien! “

En tant que première Lauréate du prix Aurora, Barankiste recevra une subvention d’un million de dollars et ainsi perpétuera le cycle de don en attribuant cette somme à trois organisations de son choix qui promeuvent l’aide et la réhabilitation des orphelins et réfugiés, et luttent contre la pauvreté des enfants: la Fondation du Grand-Duc et de La Grande-Duchesse du Luxembourg, la Fondation Jean-François Peterbroeck (JFP Foundation) et la Fondation Bridderlech Deelen Luxembourg.

Baranktise a également ajouté: “ J’ai choisi ces fondations car ces gens m’ont toujours soutenu, ils ne m’ont jamais abandonné, et cela même en période de difficulté. Ils ont les même valeurs que moi et la Maison Shamin – la compassion, la sympathie, la dignité, et la générosité. Valeurs qui ne coûtent rien. »

Marguerite Barankitse, plus connue par son diminutif de « Maggy », a toujours mené une vie hors de l’ordinaire. Née à Ruyigi, elle a perdu son père très jeune. Avec sa mère et son frère, elle a grandi entourée et proche de ses grands-parents et ses oncles. Cette manière de vivre dans un esprit de partage, depuis sa plus tendre enfance, a constamment accompagné Maggy. De plus, sa maman a adopté 8 enfants. Ce qui a renforcé l’importance de l’amour du prochain et de la fraternité. D’ailleurs, jeune fille déjà, elle rêvait de construire des villages pour les enfants laissés à eux-mêmes.

Maggy étudie pour devenir enseignante à Rusengo. Elle poursuit ses études par trois ans de séminaire à Lourdes (France). À son retour au Burundi, elle débute son activité professionnelle. Professeur de Français à l’école secondaire de Ruyigi, elle encadre aussi les jeunes en dehors des heures de classe. Durant cette période d’enseignement, Maggy «adopte» une de ses élèves, Chloé, qui, déjà orpheline de son père, venait aussi de perdre sa mère.

Maggy n’a que 23 ans. Elle demande à Chloé de devenir soit sa «fille» soit sa «petite sœur». Mais outre le statut, c’est la démarche qui interpelle. Maggy est Tutsie catholique, Chloé est Hutue et protestante : le rapprochement est plutôt inhabituel. Dans les années qui suivent, Maggy accueille quatre autres enfants dans sa maison. Elle prend soin d’eux commes s’ils avaient toujours fait partie de sa famille. Et sans distinction ethnique.

Après des études d’administration en Suisse à la fin des années 1980, elle rentre à Ruyigi et est engagée par l’évêché de la ville comme secrétaire, un poste qu’elle occupera jusqu’aux événements du 24 octobre 1993.

24 octobre 1993: un drame à Ruyigi

A l’automne 1993, le Burundi vit dans le malaise. A Ruyigi, la catastrophe éclate le 24 octobre. Pour se venger des tueries contre leur ethnie, des Tutsis cherchent les Hutus de la ville. Ceux-ci s’étaient cachés dans les bâtiments de l’évêché. Maggy est là aussi. Elle tente de raisonner le groupe des Tutsis enragés par la haine. Elle veut les persuader d’éviter la violence. Des efforts qui restent vains. Pour la punir de ce qu’ils considèrent comme une trahison de la part de leur « soeur » tutsie, ils décident de la déshabiller, puis l’attachent sur une chaise. Dans cette position, ils la forcent à regarder comment, dans un premier temps, ils brûlent l’évêché pour forcer ceux qui s’y cachent à sortir. Ensuite, sans pitié, ils la forcent à assister aux massacres de ses amis à coups de machette.

La violence est totale. Quelques heures après le massacre, les enfants des victimes commencent à sortir de leurs cachettes. Face à cette situation, Maggy réalise que sa mission sera de lutter contre la violence qui ravage son pays en donnant à ces enfants, puis aux 20 000 qui suivront, une alternative à la haine : ce sera une maison de paix et d’amour, où la vie de tout être humain et sa dignité seraient respectées.

Maggy trouve refuge dans la maison de M. Martin, un délégué humanitaire allemand établi à Ruyigi. Elle y passera les sept mois suivants, imaginant la prochaine étape pour ces enfants qui sont toujours avec elle. La guerre civile redouble de violence et de plus en plus d’enfants se présentent quotidiennement à la porte de la maison de Monsieur Martin. Car la nouvelle s’est rapidement répendue dans ce désastre général. Celle de cette «femme folle de Ruyigi », qui a osé prendre en charge tous les orphelins qui se sont présentés à sa porte, sans jamais en refuser. Twas, Hutus, Tutsis : Maggy ne fait aucune distinction. Les temps sont durs. Maggy et ses enfants survivent grâce aux dons et au soutien de la communauté de Ruyigi et du Burundi. Les ONG internationales qui etaient présentes au Burundi et un nombre croissant d’amis du monde entier ont également contribué à ce miracle.

La naissance de la Maison Shalom

maggy2Mais le nombre d’orphelins ne cessait d’augmenter. Maggy n’avait d’autre possibilité que de développer ses activités et ses infrastructures. C’est aussi la période où elle baptise son organisation : ce sera « Maison Shalom ».

La première urgence est d’obtenir de l’espace pour lui permettre d’accueillir le flux continu d’enfants nécessiteux qui la rejoignent. Le diocèse de Ruyigi accorde alors à Maggy l’utilisation de certains de leurs bâtiments, un partenariat qui a perduré jusqu’en 2001. De plus, Ruyigi n’est pas la seule région traumatisée : pour répondre aux besoins croissants, Maggy ouvre d’autres centres pour soutenir ces enfants-orphelins, comme l’Oasis de la Paix à Gisuru et Casa della Pace à Butezi. Les langues sont différentes, mais le message de « maison de la paix » perdure. Ces centres, ouverts en 1994, resteront actifs jusqu’en 2001 et 2003.

Les différents centres ne cessent de se remplir. Ce qui amène Maggy à réfléchir sur la durabilité de ses « maisons de paix ».  Maggy sait que rien ne pourrait jamais remplacer la chaleur et la stabilité d’une famille pour le développement de l’enfant. Bien que la guerre continue sans relâche, la Maison Shalom maintient ses efforts d’identification des origines des enfants qu’elle a recueillis. L’objectif est de retrouver leurs familles.

Ces efforts initiaux porteront leurs fruits un peu plus tard, lorsque la Maison Shalom lancera ses premières expériences de réinsertion. On est à la fin des années 90.

Toutes les options, tous les indices sont pris en compte pour favoriser le retour des enfants dans leurs communes d’origine. Parfois, la Maison Shalom cherche même les voisins des familles. Elle leur demande de s’occuper des terres qui reviennent aux enfants pendant leur absence. Pour assurer cette prise en charge, la Maison Shalom soutient parfois financièrement ces voisins, de manière à ce qu’ils puissent acheter les semences et outils nécessaires à la culture de ces terres. Une démarche visionnaire qui promet une terre « chez eux » à ceux que la guerre a meurtri.

Durant les années 98-99, certaines régions du Burundi ont vu le retour de nombreuses personnes déplacées dans leurs foyers. Profitant de cette évolution, la Maison Shalom utilise toutes les informations qu’elle avait pu cumuler sur les enfants. Parfois, elles lui permettent de reconstituer des familles. En 1999, par exemple, la Maison Shalom a réussi la réintégration au sein de leurs familles (ou communautés) de 121 enfants ayant trouvé refuge dans ses trois centres. Des opérations rendues possible aussi par les soutiens de Caritas Allemagne ou l’Unicef. Néanmoins, ces démarches n’ont pas été possibles dans l’ensemble du territoire burundais, certaines régions restant en proie à une violence constante.

Le programme de réinsertion et réintégration se développera dès 2000, après la signature des accords de paix.


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Novembre 2016