L’affaire Fiona: après le verdict surprise, des questions toujours en suspens

fionaFrance – Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf, poursuivis pour violences volontaires ayant entraîné la mort de la petite Fiona, ont été condamnés vendredi à 5 et 20 ans de prison, bien moins que les 30 ans requis pour chacun. Les zones d’ombre subsistent sur ce qu’a réellement vécu la fillette, dont le corps n’a jamais été retrouvé.

Devant la cour d’assises de Riom, le verdict a été accueilli par des sifflets et des crachats sur le fourgon pénitentiaire. Au terme de dix jours de procès, la mère de la petite Fiona, poursuivie pour violences volontaires ayant entraîné la mort, a été condamnée le 25 novembre à cinq ans d’emprisonnement. Son ex-compagnon, Berkane Makhlouf, écope de vingt ans de réclusion criminelle assortis d’une période de sûreté des deux tiers.

Deux peines distinctes, et surtout bien en-deçà des réquisitions de l’avocat général. Ce dernier avait retenu la « co-action » et réclamé le maximum, trente ans, pour les deux accusés. Les jurés, l’acquittant des coups mortels, n’ont finalement reconnu Cécile Bourgeon coupable que des quatre délits : non-assistance à personne en danger, recel de cadavre, modification de l’état des lieux du crime et dénonciation de crime imaginaire. Pour mémoire, les ex-concubins avaient fait croire à un enlèvement pendant des mois, en 2013, avant d’avouer la mort de la petite fille de 5 ans, dont le corps n’a jamais été retrouvé.

Pas de corps

Le verdict, aussi surprenant qu’il soit, renvoie à une évidence : pas de corps, pas de preuves. Il n’existait qu' »un seul élément à charge à son égard, la parole tardive et variable » de son ancien compagnon Berkane Makhlouf, a dit le juge. Or, « ils ne lâcheront rien », avait prédit le père de la victime dès le début du procès. Le mystère reste donc presque entier. Faute d’autopsie, la cause de la mort de Fiona n’a pas été éclaircie –  coups, absorption de médicaments voire de drogues, le couple étant toxicomane ? La défense n’a d’ailleurs eu de cesse de plaider l’accident domestique. Et le sort réservé à la dépouille de l’enfant ? Enterrée en lisière de forêt ? Jetée aux ordures ? Les deux prévenus emporteront sans doute les réponses dans leur propre tombe.

Durant ce procès à rebondissements, au cours duquel une médium a même été appelée à la barre, Cécile Bourgeon est restée insaisissable et inconstante dans chacune de ses versions. Volubile, parfois touchant, Berkane Makhlouf avait persisté à nier les violences sur Fiona dont l’accuse son ex-concubine.

Marie Grimaud, avocate de l’association Enfance et Partage, qui s’était portée partie civile, aura ces mots très forts : « On a un tabou en France : une mère ne peut pas mettre fin aux jours de son enfant. C’est un préjugé que nous allons devons combattre encore longtemps ».

Quoi qu’il en soit, la sentence a été accueillie avec colère par la cinquantaine de personnes venus soutenir le père de Fiona. Les badauds ont attendu jusqu’à tard dans la soirée la sortie du fourgon pour injurier la mère de famille. « C’est une immense satisfaction ! Le droit l’a emporté sur la rue », s’est ainsi félicité Renaud Portejoie, l’avocat de Cécile Bourgeon. Mais celui de Nicolas Chafoulais, le père, ne décolère pas. « On a fait la part belle à  la manipulation et aux mensonges », a tonné maître Fribourg.


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Novembre 2016