L’affaire FIONA – Tuée il y a 3 ans, le calvaire de la petite Fiona devant la justice française

France – C’est l’histoire d’une enfant-martyre qui va s’écrire durant deux semaines devant la cour d’assises de Riom. Celle de Fiona, 5 ans, victime de violences répétées qui ont entraîné sa mort. La mère de l’enfant, Cécile Bourgeon, et son compagnon, Berkane Makhlouf, sont accusés de l’avoir frappée avant de faire disparaître son corps.

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Durant quatre mois, ils ont été unis dans le mensonge. Aujourd’hui, Cécile Bourgeon, la mère de la petite Fiona, et son compagnon Berkane Makhlouf se déchirent et s’accusent mutuellement d’avoir porté les coups à l’enfant qui ont entraîné sa mort. Le corps de la fillette de cinq ans, dont ils avaient tenté de faire croire à l’enlèvement, n’a jamais été retrouvé. Sans autopsie, impossible de savoir avec exactitude ce que Fiona a enduré dans l’enfer du huis clos familial.

Mais les déclarations de ce couple de toxicomanes laisse entrevoir l’histoire d’une enfant-martyr. Une fillette devenue  le « punching-ball » d’adultes défoncés et que l’on cache pour ne pas alerter la vigilance des autres. Durant deux semaines, la mère et le beau-père de Fiona devront répondre de « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».

Au troisième jour du procès de Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf, jugés pour des violences sur la petite Fiona ayant entraîné sa mort en 2013, une avocate des parties civiles est venue bousculer l’audience. Mercredi matin, elle a révélé avoir reçu des photos d’un témoin sur le lieu où pourrait être enterré le corps de l’enfant. Des clichés diffusés en début d’après-midi à la cour.

On espérait des révélations de la part des accusés. C’est une avocate des parties civiles qui a finalement créé la surprise au troisième jour du procès de Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf, jugés pour avoir porté des coups à la petite Fiona en 2013 qui ont entraîné sa mort. Malgré les importantes recherches près du lac d’Aydat, le corps de l’enfant n’a jamais été retrouvé.

Me Grimaud  a ainsi bousculé une audience qui s’enlisait depuis le début de la matinée dans les dénégations des deux accusés. « J’ai été destinataire dans le courant de la nuit de photos d’un témoin qui pourraient être le lieu où a été enterrée Fiona », annonce l’avocate de l’association « Innocence en danger » avant la suspension de l’audience. Elle demande que les clichés soient imprimés et diffusés dès la reprise des débats. Effervescence médiatique en attendant le visionnage.  Les rumeurs bruissent devant l’entrée de la cour d’assises de Riom. Le public se presse et joue des coudes pour pouvoir assister à la suite d’un  rebondissement qui pourrait entraîner le transfert de la cour sur les lieux.

Peu avant 15 heures, le président met fin au suspense en allumant les écrans de télévision. Cinq photos prises par le témoin, une promeneuse, sont projetées. On voit un petit chemin puis une grosse pierre et de la terre recouverte de feuilles dans un secteur boisé d’Aydat. Le président zoome sur une croix visiblement réalisée avec deux bâtons de bois. Elle semble en bon état. Il y a trois ans, la mère de Fiona avait raconté avoir posé une petite croix sur le lieu de sépulture de sa fille. « ça me laisse des doutes, la croix était plus petite « , commente l’accusée qui assure avoir simplement « posé deux morceaux de bois par terre ». Celle montrée à la cour est plantée.

Les photos d’une pelle en évidence laissent un peu perplexes. Les témoignages farfelus depuis le début de l’enquête ont en effet été nombreux. Berkane Makhlouf, lui, ne reconnaît pas celle dont il s’est servi pour enterrer le corps. Mais le beau-père et la mère de Fiona ont toujours assuré ne plus se rappeler du lieu exact où ils ont enterré le corps de la fillette. Si ces nouvelles révélations sont prises avec beaucoup de prudence, le président ne peut balayer le doute insinué. Il demande que le témoin soit attendu « dès que possible ». En attendant, l’audience est suspendue.

Procès Fiona : la mère de la fillette dévoile pour la première fois son visage autoritaire

capture-livre-blancENFANCE MALTRAITÉE – Dans son livre blanc sur la maltraitance des enfants, publié ce mardi alors que la mère et l’ex-compagnon de la petite Fiona sont jugés pour la mort de la fillette, l’association L’Enfant Bleu soumet vingt propositions pour « agir en amont » du drame, dont l’imprescriptibilité de certains crimes et délits. Pour l’heure, aucun(e) responsable politique ne s’est encore emparé du sujet.

Voilà deux jours que l’affaire Fiona est jugé devant la cour d’assises du Puy-de-Dôme à Riom. Deux jours que la maltraitance infantile est au cœur des débats et des questionnements, autant sociétaux que judiciaires. C’est donc fort logiquement que l’association L’Enfant Bleu a décidé de rendre public, ce mardi 15 novembre, son livre blanc pour la protection des enfants victimes de maltraitance.

Car au départ, il y a un constat. Un constat chiffré, soigneusement calculé sur la base des enfants pris en charge par l’association. Parmi eux, 38% ont été victimes de maltraitances physiques, 32% de violences sexuelles, 21% de maltraitances psychologiques, 8% de négligences et 1% d’actes de torture et de barbarie. Des chiffres auxquels l’association répond par vingt propositions, pour éviter le pire.

Au programme, des mesures de prévention par le biais de visites inopinées chez les familles suivies, la création d’un système centralisé des signalements faits par des professionnels et une formation initiale et continue des intervenants auprès des enfants. Mais aussi et surtout, un volet judiciaire visant à rendre systématique la condamnation et le suivi du coupable de maltraitances sur mineurs.

L’association propose ainsi entre autres l’allongement des délais de prescription des délits relatifs aux violences physiques et psychologiques sur mineur, une imprescriptibilité des crimes et de certains délits sexuels commis à l’encontre des mineurs et une amélioration de la prise en charge psychologique et psychiatrique du délinquant sexuel dès la détention. Interrogé par LCI, Michel Martzloff, général de L’Enfant bleu, explique vouloir avant tout éviter la case procès : « Nous demandons surtout une amélioration de la prise en charge en amont, avant que les drames ne se produisent. Comment se fait-il que le nombre d’enfants protégés aujourd’hui en France – qui est de 300.000 – n’ait pas bougé depuis une quinzaine d’années ? » se demande-t-il.

« Fiona, Inaya, Bastien… la liste terrible »

Et concernant les affaires qui atterrissent devant les tribunaux, il demande à ce que la victime ait toutes les cartes en main pour obtenir réparation : « C’est pourquoi nous voulons un allongement des délais de prescription de crimes et de certains délits, car la justice doit reconnaître la culpabilité des auteurs pour permettre à la victime de se reconstruire. Nous demandons notamment un délai de prescription de 40 ans quand des violences physiques surgissent sur des petits. Aujourd’hui, la prescription pour de telles violences est de trois ans. Ce n’est pas assez : on le sait, ce type de violences est répétitif. »

Mais alors comment rendre ces propositions concrètes ? Depuis plusieurs années, l’allongement des délais de prescription des violences sexuelles sur mineurs est une question qui frappe régulièrement à la porte du Sénat, sans succès. En ce qui concerne le combat de L’Enfant Bleu, Michel Martzloff le reconnaît volontiers : « Ce sera difficile car la législature actuelle se termine. » Mais il ajoute, plein d’espoir : « Nous devrions être reçus par députés et sénateurs d’ici à la fin du mois. Nous ne lâcherons pas. Nous en avons assez de courir les procès d’assises en sachant à l’avance ce qui va être dit et répété. Fiona, Inaya, Bastien… cette liste terrible d’enfants morts maltraités aurait pu être évitée. Leur mort n’était pas une fatalité. »

En attendant, l’association a mis en ligne une pétition visant à interpeller la ministre des Familles Laurence Rossignol sur ses propositions. Contactée ce mardi, la ministre n’a pas encore répondu à nos sollicitations sur le sujet.


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Novembre 2016