Les magistrats sud-coréens chez Samsung dans l’enquête sur le scandale présidentiel

Corée du Sud Les médias sud-coréens affirment que Samsung Electronics aurait versé 2,8 millions d’euros à la structure Widec Sports, appartenant à la femme d’affaires Choi Soon-sil et à sa fille.

samsungLes agents du parquet sud-coréen ont organisé tôt ce mardi matin une descente au siège du géant Samsung Electronics, qui se retrouve éclaboussé par le scandale politico-mystique qui secoue la Corée du Sud depuis la fin octobre. Les juges cherchent à savoir si le groupe sud-coréen aurait fait des « donations » à la femme d’affaires Choi Soon-sil , qui est soupçonnée d’avoir construit une influence considérable sur la présidente Park Geun-Hye, au point de peser dans certaines affaires d’Etat.

Mettant en avant ses liens privilégiés avec la dirigeante, dont elle est la confidente de l’ombre depuis la fin des années 1970, Choi Soon-sil aurait incité plusieurs grands conglomérats du pays à se montrer généreux avec ses « associations » et ses sociétés de conseil, dont certaines sont installées en Allemagne.

Les médias sud-coréens, qui citent des sources au sein du parquet, affirment ainsi que Samsung Electronics aurait versé 2,8 millions d’euros à la structure Widec Sports (anciennement Core Sports), appartenant à la femme d’affaires et à sa fille Chung Yoo-ra. Cet argent aurait servi à financer l’achat d’un cheval et les entraînements de la jeune femme qui fait des compétitions de dressage. Pour alimenter son enquête sur les motivations exactes des paiements de Samsung, le parquet a saisi, selon l’agence Yonhap, des documents liant la société, et particulièrement son responsable des affaires extérieures, à la Fédération équestre coréenne (KEF), que le groupe avait promis de soutenir financièrement pendant plusieurs années. Il s’agissait, explique l’entreprise, de favoriser l’émergence de talents nationaux.

Déjà malmené par le fiasco des Galaxy Note 7 explosifs qui a terni sa réputation et questionné la qualité de sa gouvernance, Samsung Electronics a rapidement expliqué qu’il allait pleinement collaborer avec la justice sud-coréenne pour faire la lumière sur ce scandale politico-financier. Ce mardi midi, les traders semblaient peu chagrinés par ces descentes d’enquêteurs, plutôt courantes ces dernières années dans les sièges des grands chaebols de la péninsule. A la mi-journée, le titre de Samsung Electronics était d’ailleurs stable sur la place de Séoul.

Les analystes semblent plus intéressés par les dernières conséquences politiques du scandale qui a poussé, ces derniers jours, des dizaines de milliers de manifestants dans les rues de Séoul pour réclamer la démission ou la destitution de Park Geun-hye qu’ils ne jugent plus apte à diriger le pays. La présidente, qui cherche à sauver son poste, a indiqué ce mardi qu’elle allait renoncer à choisir un nouveau chef de gouvernement. Ayant limogé plusieurs de ses ministres la semaine dernière , elle avait cru pouvoir tourner la page du scandale en nommant à l’exécutif plusieurs personnalités dites d’ouverture. Mais son initiative, qui n’avait pas été validée par les grands partis, a ulcéré l’élite politique du pays et poussé l’opposition à joindre sa voix aux appels à sa démission.

Lors d’une réunion ce mardi matin avec le président de l’Assemblée, Park Geun-hye a dit laisser la main aux députés dans le choix du prochain Premier ministre. « Si l’Assemblée nationale recommande un nouveau Premier ministre, je le nommerai et lui laisserai prendre la direction du gouvernement », a-t-elle déclaré, avant de laisser suggérer qu’elle pourrait céder un peu de son pouvoir exécutif jusqu’à la fin de son mandat en février 2018. Légalement, le pouvoir sud-coréen est concentré sur la chef de l’Etat et le Premier ministre n’a qu’un rôle honorifique.

Cette concession de Park Geun-hye ne devrait pas satisfaire l’opinion publique, mais pourrait contenter une large partie des élus qui ne semblent pas prêts à tenter une destitution de la dirigeante. Sa chute entraînerait l’organisation d’un scrutin présidentiel dans les deux mois. Or, les formations d’opposition ne semblent pas en mesure d’identifier si rapidement un candidat susceptible d’emporter l’élection.

LeEco, le Chinois qui se rêvait en Apple et Tesla, se dégonfle

Sur la place de Shenzhen, le titre de Leshi Internet Information & Technology Corp, plus connu sous le nom de LeEco, ne valait plus ce mardi matin que 37,9 yuans, loin des 56 yuans que le holding dépassait encore en juin dernier avant la révélation de ses problèmes de liquidités.

Se présentant comme le groupe high-tech chinois le plus ambitieux, LeEco développe pour les marchés chinois et américain des smartphones, des écrans plats, des berlines électriques, mais aussi du contenu télé ou des films hollywoodiens. Affirmant vouloir maîtriser l’ensemble de la chaîne du divertissement et des services en produisant à la fois des appareils électroniques et du contenu, il se fantasme en un géant global capable de concurrencer Apple, Netflix, Tesla ou encore Amazon.

Mais cette expansion délirante risque de connaître un brutal coup de frein. Dans une lettre distribuée dimanche à ses employés, et récemment dévoilée par l’agence Bloomberg, le patron du groupe, le milliardaire Jia Yueting vient de reconnaître qu’il faisait face à de graves problèmes de financement. « Nous avons aveuglément accéléré notre croissance et notre besoin de trésorerie a gonflé », a expliqué l’homme d’affaires. « En même temps, notre capital et nos ressources étaient en fait limités », a-t-il ajouté, avant de reconnaître que la société peinait désormais à collecter des fonds pour alimenter ses différentes projets, dont très peu sont réellement rentables.

Le seul projet de développement, en partenariat avec l’américain Faraday Future, d’une berline électrique concurrente des voitures Tesla aurait ainsi déjà coûté, selon le PDG, 10 milliards de yuans (1,3 milliard d’euros) à LeEco, qui n’a pas encore de plan de commercialisation précis sur ce secteur.


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Novembre 2016