Le régime Kadhafi aurait inoculé le Sida à 232 enfants

Près de dix ans après la libération des infirmières bulgares accusées à tort, le site d’informations Mediapart révèle que les centaines d’enfants contaminés par le virus du Sida l’auraient été par les services secrets libyens.

infirmieres-bulgaresL’affaire de la contamination par le virus du VIH de centaines d’enfants de Benghazi prend les allures d’un crime d’État.

Dans ses notes obtenues par le site d’informations Mediapart, l’ancien premier ministre Choukri Ghanem relate que ce sont deux hauts responsables du renseignement libyen qui s’étaient procuré des «fioles» du virus et l’avaient inoculé à des centaines d’enfants en 1998.

Cette opération spéciale d’empoisonnement aurait été reconnue, en 2007 et devant témoins, par Abdallah Senoussi, le chef du renseignement militaire libyen, quelques jours après la libération des infirmières bulgares et d’un médecin palestinien accusés à tort d’avoir commis cette horreur.

Ce dernier et Moussa Koussa, le patron des services spéciaux libyens, auraient ainsi contaminé 232 enfants à l’hôpital de Benghazi. L’objectif de cette opération démoniaque était de «fabriquer» une tragédie de toutes pièces afin d’accuser l’Occident de cette horreur.

Pour mémoire, Abdallah Senoussi avait déjà été mis en cause dans l’attentat contre le DC10 d’UTA qui avait fait 171 victimes, dont 54 Français, le 19 septembre 1989.

Un carnet secret et une noyade suspecte

Les notes posthumes de Choukri Ghanem, retrouvées en 2013 par la justice hollandaise, sont à présent entre les mains des magistrats français. Dans ces écrits, l’ancien chef de gouvernement libyen (de 2003 à 2006) revient en détail sur ce complot qui a causé la mort de la plupart de ces enfants et conduit en prison pendant huit ans les cinq infirmières bulgares et le médecin palestinien.

C’est également ce fameux carnet de Choukri Ghanem qui contenait les révélations de versements d’argent libyen pour le financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Pour l’heure, ni ce dernier ni personne en France, n’a été condamné dans ce dossier.

Ce carnet avait été découvert aux Pays-Bas, dans le coffre de la voiture de son gendre. Quant à Choukri Ghanem, qui avait fait défection au régime libyen, il avait été retrouvé noyé dans le Danube, à Vienne (Autriche), en avril 2012.

Pour comprendre l’ampleur de ces révélations, il faut revenir à l’année 1998. Une épidémie de VIH frappe alors l’hôpital de Benghazi. L’affaire déchaîne les passions en Libye. Mouammar Kadhafi se saisit personnellement du dossier et annonce que les coupables seront punis. Les cinq infirmières bulgares et un médecin palestinien seront interpellés le 9 février 1999. Ils feront huit années de prison avant de recouvrer la liberté (lire encadré).

Jusqu’à aujourd’hui, la contamination des enfants de Benghazi passe pour avoir été le résultat de mauvaises conditions sanitaires et de problèmes de transfusion à l’hôpital de Benghazi


Les infirmières libérées en 2007

Entre 2005 et 2007, l’affaire des infirmières bulgares qui a ému le monde entier, fait l’objet d’importantes négociations entre l’Union européenne et le régime libyen. Leur libération devient le point de départ de l’embellie des relations franco-libyennes, après l’élection de Nicolas Sarkozy la présidence de la république en avril 2007. L’opération est conclue, le 24 juillet 2007 lorsque Cécilia Sarkozy obtient, lors de son second voyage, de quitter le territoire libyen avec les infirmières et le médecin. Les autorités françaises et l’Union européenne avaient obtenu du gouvernement libyen la libération des infirmières en pleine nuit, alors que Mouammar Kadhafi dormait. Ce qui avait provoqué la fureur du Guide libyen.


Copyright La dépêche avec AFP

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Novembre 2016