La djihadiste Inès Madani se serait fait passer pour un homme pour séduire une complice

France – Ornella Gilligmann aurait agi par amour. La jeune femme de 29 ans, mère de trois enfants, a abandonné une voiture chargée de bonbonnes de gaz au cœur de Paris dans la nuit du 3 au 4 septembre, aidée d’une complice, Inès Madani.

illustration-police-nationaleInterpellée le 6 septembre sur une aire d’autoroute près d’Orange (Vaucluse) avec son époux et ses enfants, la mère de famille explique aux enquêteurs avoir suivi les ordres d’un certain « Abou Omar », révèle Le Monde ce lundi. Mais ce dernier, selon les éléments dont disposent les policiers, ne serait autre qu’Inès Madani, jeune femme de 19 ans originaire de Seine-Saint-Denis.

 

Un seul et même personnage

Tout se serait joué sur les réseaux sociaux. Ornella Gilligmann, qui vit dans le Loiret, et « Abou Omar » se sont rencontrés en juin 2016 via l’application Periscope. Rapidement, la jeune femme tombe sous le charme de cet amant virtuel.

« Sa fermeté et son charisme m’ont séduite, explique-t-elle en garde à vue. C’est plus la femme que la pratiquante qui a été convaincue. (…) Je suis tombée amoureuse, comme jamais je ne suis tombée amoureuse. Et, de son côté, c’était la même chose, si ce n’est plus. » Par amour pour cet homme qu’elle n’a jamais vu, elle finira par se séparer de son époux.

Les enquêteurs découvrent que les numéros de téléphone contactés par la mère de famille appartiennent à Inès Madani. Mi-août, lorsque Ornella Gilligmann échange par textos avec « Abou Omar », ce dernier lui indique être en voyage à Bordeaux. Or, au même moment, Inès Madani s’y trouve avec son père et sa sœur, rapporte le quotidien.

Pour les enquêteurs, cela ne fait plus de doute. « Dans ses échanges, Inès Madani se joue d’Ornella Gilligmann en l’attirant dans une relation amoureuse avec l’homme interprété, note un policier sur un procès-verbal. Ces informations, croisées avec les déclarations de cette dernière lors de sa garde à vue, laissent à penser que le personnage joué par Inès Madani est Abou Omar. »

Une relation virtuelle et fusionnelle

En garde à vue, la jeune femme originaire de Seine-Saint-Denis reconnaît alors s’être fait passer pour un homme lors d’échanges avec Ornella Gilligmann, qui deviendra plus tard sa complice. Toutefois, elle se défend d’être à l’origine de la supercherie et affirme avoir agi sur ordre d’un certain « Abou Junyad », un jeune Francilien qui voulait épouser Ornela Gilligmann. « Oui, j’ai été chargée pour quelques échanges de jouer ce rôle d’homme auprès d’Ornella », confie-t-elle.

De son côté, Ornella Gilligmann est formelle, elle a bien parlé à un homme au téléphone et a vu plusieurs photos sur Periscope et Telegram. Mais les enquêteurs doutent. Les deux appels émis proviennent en effet d’une puce appartenant à Inès Madani. Cette dernière aurait-elle transformé sa voix pour faire croire à l’existence de cet amant virtuel ? Aurait-elle bénéficié de l’aide d’un homme ? C’est la première hypothèse qui est retenue par les enquêteurs, indique Le Monde.

La « relation » entretenue par les deux femmes semble fusionnelle. L’étude des lignes téléphoniques révèle 4 037 contacts entre le 2 et le 28 août. C’est à la fin du mois que les deux femmes se rencontrent. Ornella Gilligmann, qui pense toujours agir sur ordre d’« Abou Omar », se rend en région parisienne pour faire la connaissance de celle qui est surnommée « Oum Seyfullah », Inès Madani.

Cette dernière, signalée comme radicalisée, a subtilisé la voiture de son père avant de l’abandonner chargée de bonbonnes de gaz dans le 5e arrondissement de Paris en compagnie d’Ornella Gilligmann. Le véhicule n’explosera pas. Inès Madani, elle, sera appréhendée le 8 septembre à Boussy-Saint-Antoine, dans l’Essonne, avec deux autres complices


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Novembre 2016