Affaire Verhoeven : la contre-attaque de la Française retenue en Inde

L’affaire de Marie-Emmanuelle Verhoeven, cette Française visée en Inde par une demande d’extradition du Chili, n’a rien de banal. D’abord parce que cette femme de 56 ans, partie pour un paisible pèlerinage bouddhiste, s’est retrouvée durant seize mois en détention provisoire dans l’une des pires prisons de la capitale indienne.marie-emmanuelle-verhoeven

Ensuite parce que la procédure qui la cible concerne l’assassinat d’un sénateur proche du dictateur Augusto Pinochet, Jaime Guzman, qui s’est produit… il y a vingt-cinq ans au Chili. Certes, elle a vécu au Chili à l’époque mais nie toute participation à ce crime et conteste avoir été un jour celle que les médias chiliens surnomment la «comandante Ana».

Un dossier singulier, enfin, parce-que depuis sa libération conditionnelle, début juillet, le fond de son dossier n’a toujours pas pu être examiné… D’une audience à l’autre, l’intéressée garde l’espoir que l’Inde lui rende justice mais trouve le temps long. «Heureusement, je suis solide», soupire-t-elle au téléphone depuis New-Delhi.

Ces atermoiements, selon ses avocates française et indienne, tiennent notamment à ceci : «Des ingérences illégales et répétées des autorités chiliennes sur le cours de la justice indienne», comme elles les dénoncent. Fortes d’un document édifiant, Mes Clémence Witt et Ramni Tajena viennent de porter plainte en Inde pour «interférence illégale dans le système judiciaire», «non-respect d’une décision de justice» et «harcèlement».

«Le dossier est vide», assure Marie-Emmanuelle

Le dit-document est une lettre du département indien chargé des extraditions adressée à l’Etat de l’Himachal Pradesh (nord-ouest). L’endroit où leur cliente, par décision de justice, avait été autorisée à une retraite d’une dizaine de jours dans un monastère début octobre. Le courrier enjoint expressément aux services de police, en raison de «l’inquiétude» des autorités chiliennes, de la surveiller… «Ils sont venus me contrôler, sur ordre du Chili, parce que j’aurais soi-disant pu tenter de m’enfuir ! », s’indigne Marie-Emmanuelle Verhoeven.

Au retour de ce séjour troublé, la Française a attendu avec impatience l’audience prévue fin octobre. Mais «les preuves» censées être enfin présentées – et du coup débattues- à l’appui de la requête chilienne ne l’ont pas été… faute de procureur ! «Fin 2015 (ndlr, alors que sa cliente était incarcérée depuis dix mois), le parquet avait pourtant affirmé être en mesure de fournir l’intégralité des éléments en sa possession deux semaines plus tard…», rappelle Me Clémence Witt.

Sensible à l’argument, qu’il a repris dans son ordonnance, le tribunal a donc fixé une nouvelle date, cette fois en forme d’ultimatum, au 2 décembre prochain. «Le dossier est vide, souligne Marie-Emmanuelle Verhoeven. Qu’on me laisse enfin le prouver.»


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Novembre 2016