Madagascar : Vindicte populaire à Mananjary

La loi de la jungle à Mananjary, alors qu’une femme  était en train de se faire lyncher à mort, les forces de l’ordre, dans le désarroi, n’ont rien pu faire. Trois jours plus tard, aucune arrestation n’est de surcroît effectuée.

femme-lyncheeLa police judiciaire prise entre deux feux à Mananjary. Après le lynchage à mort d’une femme de 67 ans, pour profanation de palais des cinq royaumes de la tribu Antambahoaka, aucune arrestation n’a été effectuée jusqu’à maintenant, bien que les faits remontent à samedi.
C’est le choc entre christianisme d’un part, et valeurs culturelles ainsi qu’ancestrales d’autre part, qui a mis en ébullition la ville de Manan­jary, samedi. Dans la matinée, la sexagénaire, fidèle d’une église néo-réformée , connue pour avoir prêché dans  des places publiques, et même dans des localités un peu reculées, a mis le feu aux poudres en jetant un sachet contenant du lard de porc et une bouteille d’eau bénite, dans le « Valamena » (ndlr: Palais sacré des rois Antamba­hoaka unifiés), sis à Masin­drano, où le porc est tabou et farouchement prohibé.
Appréhendée par une horde d’individus en furie après son geste, qualifié d’affront, la femme clouée au pilori, a été conduite au palais « Tranobe Satrokefa », situé non loin, où siège le doyen des rois Antambahoaka en exercice. Soumise au feu roulant des questions, elle aurait indiqué que l’apostolique mission d’évangélisation, d’éclairer les hommes pour qu’ils marchent vers Dieu, et renoncent à toute autre croyance ou vénération, lui aurait été confiée. Après que ses bourreaux lui ont tiré les vers du nez, ils l’ont ensuite conduite sur la plage à Anosinakoho, où elle a été battue avant d’être brûlée. Les forces de l’ordre étaient impuissantes face à toute cette violence.
À la lumière des informations recueillies auprès des forces de l’ordre, les éléments du commissariat de police ont été les premiers à intervenir, mais ils ont dû faire machine arrière, après avoir été chassés par une foule furieuse.

Sacrifice
En voyant la femme se faire malmener puis jetée dans un caniveau, le commandant du 4e BLIG, en tenue réglementaire, a tenté de s’interposer, mais des individus en état d’énervement auraient proféré des menaces à son en contre et levé la main sur lui. Du coup, ce jeune capitaine a fait profil bas. Des mobilisations ont été, par ailleurs, effectuées au sein des forces de gendarmerie locale, mais l’intervention semble s’être terminée en queue de poisson, sans qu’il n’y eut de contact avec les auteurs de l’homicide. Le rapport fait état d’une masse humaine compacte, comptant des milliers d’individus.
Les autorités semblent faire peu de cas de la sentence prononcée par le fokonolona. En revanche, les préoccupations  semblent se tourner plus vers la tribu, outrée par la profanation. Exigeant que le mal soit réparé, des descendants de la lignée royale Antambahoaka mettent en avant qu’une cérémonie coutumière, au cours de laquelle un bœuf sera sacrifié, sera organisée dans les plus brefs délais pour laver l’affront. Ceci a été décidé lors d’une réunion, au cours de laquelle des membres de l’Organe Mixte de Conception étaient présents.
De son côté, le chef de district de Mananjary, a convoqué une rencontre entre leaders religieux du district d’une part, et les figures charismatiques, gardiens de valeurs traditionnelles, de telle sorte  que christianisme et culture ne se heurtent plus de plein fouet.
La femme assassinée par le fokonolona est originaire de Ranohira, à Sakaraha. Ses proches ainsi que les fidèles de son église l’ont laissée à la merci de ses bourreaux, de peur de subir le même sort qu’elle.


Copyright L’Express Madagascar – Seth Andriamarohasina

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Novembre 2016