Mexique – Mahé Elipe sur les traces des migrants qui tentent un périlleux voyage vers les Etats-Unis

À l’occasion d’un voyage au Mexique, la photographe Mahé Elipe a découvert « Las Patronas ». Depuis 1995, ce groupe d’une quinzaine de femmes de l’État de Veracruz vient en aide aux migrants qui tentent un long et périlleux voyage vers les États-Unis à bord des trains de marchandises.

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Dès qu’elles entendent, au loin, le bruit du train, « Las Patronas » se précipitent le long des voies. Elles ont trois minutes pour opérer, pas plus, car si le train est lent, il ne s’arrête pas. Lorsqu’elles crient « Comida, comida (nourriture) » pour les alerter, les mains des migrants, affamés, se tendent, pour saisir sacs de nourriture et bouteilles. « Il règne alors une espèce d’euphorie », confie Mahé Elipe. 

Mahé Elipe, âgée de 24 ans, est une photo-reporter française qui se défend d’être féministe. Toutefois, ses productions restent axées autours des femmes. Ayant entrepris un travail sur les agricultrices, elle s’est rendue au Mexique avec l’idée de se rendre par la ensuite à Cuba. Alors qu’elle se trouvait dans le métro de Mexico, une femme lui a indiqué son chemin et elle l’a aidée à porter ses paquets.

C’est ainsi que Mahé Elipe a découvert l’existence du village de La Patrona, près d’Amatlan dans l’État de Veracruz, dans le sud du Mexique. En effet, la femme qui l’a aidée dans le métro, Touzi, faisait partie des volontaires qui, de temps en temps, vont prêter main-forte à « Las Patronas », un groupe de femmes qui, depuis 1995, vient en aide aux migrants d’Amérique centrale (Honduras, Salvador, Guatemala) qui tentent le long et périlleux voyage vers les États-Unis en se hissant sur « La Bestia », un long train de marchandises qui traverse le Mexique, du sud au nord.

Usine d’huile et trains de marchandise

C’est Norma Romero qui a fondé ce mouvement, avec l’aide de ses sœurs, de ses filles et de ses voisines. « Pour chaque jeune homme ou femme qui voyage sur ce train, il y a une mère qui souffre et prie pour son enfant. Quand nous les voyons, cela nous fait penser à nos enfants et nous donne envie de les aider », explique-t-elle.

Alors qu’au départ leur action a été peu appréciée localement, « Las Patronas », soutenues par l’Église, sont désormais très connues et respectées au Mexique. Leur popularité n’a rien changé à leur combat : chaque jour, à l’intérieur d’une ancienne usine d’huile, transformée en refuge, elles préparent de précieux sacs de nourriture.

Il ne leur reste ensuite plus qu’à guetter le passage des trains chargés de marchandises et de migrants.


Copyright Mahé Elipe /Hans Lucas – www.mahelipe.com

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Novembre 2016