Financer l’avenir de l’éducation : un entretien avec Alice Albright

alice-albrightLa directrice générale du Partenariat mondial pour l’éducation (PME), Alice Albright, a évoqué les principaux défis du financement de l’éducation, à l’ouverture de la Réunion de consultation régionale Europe et Amérique du Nord sur l’ODD4-Education 2030 qui s’est tenue au siège de l’organisation à Paris, les 24-25 octobre 2016.

Cet événement entre dans le cadre d’une série de consultations régionales examinant les conséquences des engagements pris en faveur du développement national et régional de l’éducation à l’horizon 2030, un an après l’adoption du nouveau programme. Le PME est un partenaire essentiel de l’UNESCO, qui appuie 65 pays en développement afin que chaque enfant reçoive une éducation de base de qualité, en accordant la priorité aux plus pauvres, aux plus vulnérables et à ceux qui vivent dans des pays fragiles et touchés par des conflits.

Le Cadre d’action Education 2030 recommande que les gouvernements nationaux allouent 4 à 6 pour cent de leur PIB et/ou au moins 15 à 20 pour cent du total de leurs dépenses publiques à l’éducation. Cela est-il réaliste pour les pays à revenu faible et pour les pays à revenu intermédiaire, tranche inférieure (qui font partie du PME) ?

L’expérience que nous avons des pays en développement avec lesquels travaille le PME suggère qu’effectivement, ce sont des objectifs réalistes pour la plupart d’entre eux. Chaque pays avance à son rythme, évidemment, mais la plupart font des progrès significatifs allant dans le bon sens. Ils reconnaissent tous qu’il est essentiel d’investir leurs propres ressources dans l’éducation afin d’améliorer la vie de leurs concitoyens et de leurs sociétés dans leur ensemble.

Ces progrès sont liés à l’assistance et à l’encouragement que leur fournit le PME : nous proposons des orientations techniques pour les aider à définir et exécuter des stratégies afin de développer leurs financements nationaux en faveur de l’éducation et notre modèle de financement axé sur les résultats sert d’incitation.

Entre 2002 et 2013, la part moyenne des dépenses publiques pour l’éducation dans les pays partenaires du PME est passée de 15,2 pour cent à 16,6 pour cent. De plus, ce chiffre recouvre un grand nombre de pays fragiles ou touchés par les conflits.

Le Cadre d’action stipule que « les ressources nationales resteront la source de financement de l’éducation la plus importante ». Quelle est la position du PME à ce sujet ?

Il ne fait aucun doute que l’aide externe joue un rôle essentiel pour combler l’écart de financement, mais la mobilisation de ressources nationales reste de loin la source la plus importante pour financer l’éducation de base. Le financement national de l’éducation procure aux gouvernements une meilleure prévisibilité et durabilité pour financer les réformes.

Pour tous ces pays, l’objectif est de devenir autosuffisant. C’est ce qu’ils veulent, et c’est ce que veulent et soutiennent les donateurs. La plupart des pays en développement progressent de façon régulière dans ce sens, mais ils auront encore besoin d’un soutien externe pendant quelque temps.

Le PME appuie également des organisations de la société civile qui œuvrent en faveur de l’éducation. Au Malawi, par exemple, la Coalition de la société civile pour l’éducation a conseillé aux responsables nationaux de faire de l’éducation une priorité. Les dépenses nationales pour l’éducation sont ainsi passées, en part du budget national, de 12,5 pour cent en 2010 à 16,3 pour cent en 2014, et en part du PIB, de 4,4 pour cent à 6,9 pour cent, l’un des taux les plus élevés en Afrique sub-saharienne.

Quels sont les nouveaux modèles de financement qui sont élaborés ?

Le fonds « L’Éducation ne peut pas attendre » (ECW) constitue un nouveau modèle de financement – réservé strictement à un accroissement du financement consacré à l’éducation dans les situations de crise humanitaire. Il est encourageant de constater que les donateurs traditionnels ont fait un bon accueil à ce fonds et qu’ils sont nombreux à utiliser les fonds de leurs budgets humanitaires.

Cela montre que les obstacles qui depuis trop longtemps séparent l’aide humanitaire de l’aide au développement peuvent enfin être éliminés. Les donateurs commencent aussi à s’apercevoir qu’il est avantageux de financer plusieurs secteurs de développement différents. Ils constatent que les résultats en matière de santé et d’éducation sont étroitement liés et qu’il pourrait être nécessaire de soutenir les initiatives qui créent de meilleures synergies entre les deux secteurs.

Dans son rapport de septembre 2016, la Commission internationale sur le financement des opportunités éducatives mondiales a appelé à créer un mécanisme multilatéral de banque de développement qui serait un mécanisme d’investissement pour l’éducation.

Selon la Commission, ce nouveau mécanisme serait responsable de la gestion d’un certain nombre d’outils de financement prometteurs, tels que l’émission d’obligations pour l’éducation (semblables à la Facilité internationale de financement pour la vaccination que j’ai aidé à créer au Gavi, l’Alliance du vaccin), une assurance catastrophe pour l’éducation, les investissements à impact et les taxes de solidarité. Tout cela pourrait potentiellement mobiliser 20 milliards ou plus de dollars des Etats-Unis annuellement, ce qui représenterait un énorme coup de pouce pour l’éducation. Nous pensons que cette idée offre un grand intérêt et nous allons appuyer les travaux dans ce sens.

Comment le PME collabore-t-il avec l’UNESCO ?

L’UNESCO est membre du Conseil d’administration du PME et un partenaire proche au niveau national. L’Organisation représente le PME dans plusieurs des pays partenaires, en faisant office d’agence de coordination ou d’agent de financement chargé de superviser la mise en œuvre du financement des subventions du PME. Nous sommes très fiers de cette collaboration et sommes impatients de la renforcer davantage.

Quelles actions sont entreprises pour accroître la fiabilité des données de financement de l’éducation ?

Le modèle de financement du PME, axé sur les résultats, exige des gouvernements qu’ils améliorent leur système de communication des données critiques sur l’éducation à l’Institut de statistique de l’UNESCO (ISU). Notre nouveau cadre de résultats pour le plan stratégique 2016-2020 du PME est aussi largement basé sur les données de l’éducation recueillies par l’ISU. L’un de nos objectifs est de faire passer le nombre de pays qui communiquent à l’ISU au moins 10 des 12 indicateurs internationaux clés, de 30 pour cent actuellement à 66 pour cent en 2020. L’ISU n’est donc pas simplement un partenaire crucial pour le PME, son travail étant important et essentiel pour mesurer les progrès de l’impact du PME.

Le PME a également fourni un financement significatif à l’ISU, à l’IIPE et au Pôle de Dakar, pour l’exécution d’un projet en collaboration visant à aider les pays à améliorer leurs systèmes nationaux de rapports, sur la base de la méthodologie des Comptes nationaux de l’éducation (CNE). Ce projet répertorie toutes les sources de financement, les dépenses et les transactions économiques de l’éducation, produisant un tableau clair de tous les aspects du financement de l’éducation dans un pays.

A ce jour, ce projet a aidé huit pays partenaires de développement du PME à créer des systèmes d’information nationaux, ce qui est un formidable début.


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Octobre 2016