Danemark: le combat de Sherin Khankan, pour un islam féministe

Danemark- Sherin Khankan est aux commandes de Mariam, la première mosquée scandinave entièrement dirigée par des femmes où les prières du vendredi sont réservées à la gent féminine. Elle est consciente qu’une femme à la tête d’un prêche mixte pourrait conduire au «chaos». Critiques, les musulmans conservateurs restent discrets pour éviter de souffler sur les braises de l’islamophobie.

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L’engagement de Sherin Khankan repose sur un pilier: le dialogue interconfessionnel. Sa mère, une infirmière finlandaise chrétienne, observait le jeûne du ramadan tandis que son père, un réfugié syrien musulman, se rendait à l’église pour les offices importants du calendrier, a-t-elle expliqué à l’AFP, vêtue d’une jupe blanche et d’un haut à manches longues.

Devenue une habituée des médias, cette intellectuelle, qui a suivi sa formation d’islamologue en partie à Damas, estime que les textes coraniques détiennent les clés d’un «féminisme islamique» qui transgresse les canons conservateurs.

Ouvrir la voie aux jeunes musulmans
sherin-khankan-1En mai 2016, l’ambassade de France au Danemark l’a conviée à débattre avec le rabbin Delphine Horvilleur à la bibliothèque royale de Copenhague. La rencontre a eu lieu plus d’un an après un attentat contre la grande synagogue de Copenhague qui a fait deux morts et cinq blessés. Son auteur est un jeune Danois d’origine palestinienne.

Mère de quatre enfants, elle espère que la mosquée Mariam ouvrira une voie «à une nouvelle génération de jeunes musulmans sans boussole qui ne sentent pas à l’aise au sein des communautés fréquentant les mosquées traditionnelles». Environ 284.000 musulmans viventau Danemark, selon Brian Arly Jacobsen, sociologue des religions à l’université de Copenhague.

Défier la domination masculine

C’est Saliha Marie Fetteh, une «imama» née au Danemark, qui a dirigé le prêche inaugural de la mosquée Mariam, un vendredi d’août, devant une soixantaine de femmes. Des représentantes des communautés chrétienne et juive de la capitale danoise faisaient partie de l’assemblée.

«C’était merveilleux, très émouvant», raconte Ozlem Cekic, ancienne députée d’origine turque. «Je crois que le fait de défier la domination masculine va renforcer l’islam et les femmes», estime-t-elle.

Mais cet accès à la prière réservé aux femmes rebute certains imams. Celui d’une grande mosquée danoise, Waseem Hussein, a critiqué le fait qu’à la mosquée Mariam, les hommes aient accès à la mosquée mais pas à la prière. Sherin Khankan a justement choisi cette option pour ne pas froisser de nombreux musulmans conservateurs qui estiment qu’une femme ne peut pas être à la tête un prêche mixte. Si les critiques ne sont jamais frontales, c’est pour éviter d’attiser les braises de l’islamophobie au Danemark. Le royaume est sous l’influence des nationalistes du Parti populaire danois devenu, en 2015, la deuxième formation du royaume.


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Octobre 2016