Coupe du Monde féminine 2016 : L’Asie au sommet, la Jordanie dans l’histoire

Jordanie 2016 restera dans l’histoire comme un franc succès, grâce à un mélange de nouveauté et de tradition, de surprises et de confirmations. La première grande compétition de football féminin organisée au Moyen-Orient a repoussé les frontières dans de nombreux domaines. Toutefois, en ce qui concerne le palmarès, la logique a été globalement respectée. À une exception près, tous les anciens vainqueurs de l’épreuve sont originaires du continent asiatique. Cette tendance s’est confirmée tout au long d’une compétition largement dominée par le Japon et la RDP Corée.uefa-feminin-jordanie

L’Espagne et le Venezuela ont atteint les demi-finales pour la deuxième édition consécutive, sans toutefois parvenir à bousculer leurs adversaires : les deux équipes se sont inclinées par trois buts d’écart. Habitués à jouer les premiers rôles chez les A, les États-Unis, l’Allemagne et le Canada n’ont guère eu l’occasion de briller. Les deux sélections nord-américaines n’ont même pas réussi à franchir la phase de groupes. Le Nigeria, champion d’Afrique en titre, a fait encore pire : il rentre chez lui sans avoir inscrit le moindre but. Enfin, la malédiction qui frappe les pays organisateurs se confirme. La Jordanie est devenue le cinquième hôte en autant d’éditions à faire ses valises à l’issue du premier tour et le troisième de suite à aligner trois défaites.

Stars et magiciennes
Cette Coupe du Monde Féminine U-17 de la FIFA s’est également révélée être la plus pauvre en buts de l’histoire, à l’image d’une finale conclue sur un nul vierge. En revanche, le niveau de jeu a atteint des sommets en Jordanie. Japonaises et Nord-Coréennes ont largement contribué à ce succès, en alignant les performances remarquables. Dans le match décisif, les joueuses de RDP Corée ont fait preuve de sang-froid pour remporter le titre aux tirs au but. Compte tenu des qualités affichées par les deux finalistes, le Japon aurait cependant fait un tout aussi beau champion.
Le sélectionneur de la RDP Corée a été le premier à le reconnaître lors de la conférence de presse qui a suivi le second sacre de ses Jeunes Chollima, huit ans après leur premier triomphe en 2008. « Les Japonaises étaient plus fortes que nous sur le plan technique, je l’admets, et elles se sont procuré de magnifiques occasions », a souligné Sin Jong Bok, qui a également salué la « force mentale » de ses joueuses. Il ne s’agit pas là de paroles de circonstances. Au terme de la rencontre, Sin et ses joueuses ont formé une haie d’honneur pour applaudir les Petites Nadeshiko, un geste révélateur de l’excellent état d’esprit qui a animé les participantes à ce tournoi. Les Japonaises ont, de leur côté, gagné le respect de tous en produisant un jeu qui reste une référence à ce niveau.

Au cœur de l’élégance et la finesse du football japonais, la meneuse de jeu capitaine Fuka Nagano, benjamine de l’équipe championne du monde U-17 en 2014, est repartie avec le titre de meilleure joueuse. La lauréate du Ballon d’Or adidas n’est cependant pas la seule à avoir brillé : Ri Hae Yon, Riko Ueki, Laia Aleixandri, Giulia Gwinn, Sung Hyang Sim, Jacqueline Ovalle ou encore Sandra Owusu-Ansah ont aussi eu l’occasion de se mettre en évidence.

Et que dire de Deyna Castellanos ? Handicapée par des blessures et un marquage de plus en plus serré, la Vénézuélienne n’a pas pu s’adjuger les plus prestigieuses récompenses individuelles. Pour autant, elle n’a pas été avare d’exploits. On n’est pas près d’oublier sa frappe victorieuse contre le Cameroun, décochée depuis la ligne médiane, ou son enchaînement incroyable contre le Canada, qui a offert un succès capital à la Vinotinto. Lauréate du Soulier d’Or adidas à l’âge de 15 ans au Costa Rica, Castellanos a consolidé sa réputation naissante en Jordanie.

Un héritage durable
Si l’objectif d’une telle compétition reste la formation des stars de demain, les enjeux de Jordanie 2016 dépassaient largement le cadre du terrain. Avant même le coup d’envoi du tournoi, la Reine Rania avait rappelé que le football peut « changer les comportements et la façon dont la société perçoit les filles et les jeunes femmes ». Samar Nassar, Présidente d’un Comité organisateur local composé à 75 % de femmes, est allé encore plus loin en affirmant que les participantes « ne jouaient pas pour elles-mêmes ou pour leur pays, mais pour les filles du monde entier, pour l’émancipation des femmes et pour l’égalité des sexes.”

Ce désir de faire avancer ces causes et de laisser un héritage durable dans la région est à l’origine du choix de confier l’organisation de la Coupe du Monde Féminine U-17 à la Jordanie. Tout au long de la compétition, ces ambitions se sont affirmées. Des stages, des séminaires et d’autres événements ont été mis sur pied, afin d’encourager et de promouvoir la participation des footballeuses, des entraîneurs et des arbitres. Parallèlement, une aide concrète a été apportée aux enfants dans les camps de réfugiés en Jordanie. 300 d’entre eux ont ainsi assisté au match d’ouverture du pays hôte. La jeune Laila en est ressortie bien décidée à devenir elle aussi footballeuse et à porter un jour le brassard de capitaine de l’équipe de son pays.

L’avenir nous dira si elle réalisera son ambition. Mais le simple fait d’avoir permis à une petite fille réfugiée du Moyen-Orient de rêver de la sorte laisse à penser que Jordanie 2016 n’était pas qu’une affaire de spectacle, mais aussi une source d’inspiration pour toute une région.

Pays qualifiés
Allemagne, Angleterre, Brésil, Cameroun, Canada, Espagne, États-Unis, Ghana, Japon, Jordanie, Mexique, Nigeria, Nouvelle-Zélande, Paraguay, RDP Corée, Venezuela

Classement
1. RDP Corée
2. Japon
3. Espagne
4. Venezuela

Villes hôtes et stades
Amman International Stadium (Amman), King Abdullah II International Stadium (Amman), Al Hassan International Stadium (Irbid), Prince Mohammed International Stadium (Al Zarka)

Meilleures buteuses
Soulier d’Or adidas : Lorena Navarro (ESP) (8 buts, 1 passe décisive)
Soulier d’Argent adidas : Ri Hae Yon (PRK) (5 buts, 1 passe décisive)
Soulier de Bronze adidas : Deyna Castellanos (VEN) (5 buts)

Prix
Ballon d’Or adidas : Fuka Nagano (JPN)
Ballon d’Argent adidas : Sung Hyang Sim (PRK)
Ballon de Bronze adidas : Deyna Castellanos (VEN)
Gant d’Or adidas : Noelia Ramos (ESP)
Trophée du fair-play : Japon

Nombre de buts
104 (moyenne : 3,25 par match)

Nombre de spectateurs
104 095 (moyenne : 3 253 par match )


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Octobre 2016