Trois femmes à la conquête du pouvoir japonais

Présidente du parti d’opposition, gouverneur de Tokyo et ministre de la défense: Renho, Yuriko Koike et Tomomi Inada incarnent la transformation de la scène politique japonaise, longtemps dominée exclusivement par les hommes. Que laisse présager leur ascension?

politiciennes-japon

Elles sont trois, et font régulièrement les gros titres dans les médias. Depuis cet été, Renho Murata, Yuriko Koike et Tomomi Inada occupent les postes de présidente du parti d’opposition, de gouverneur de Tokyo et de ministre de la défense. Leurs profils sont distincts voire antagoniques, néanmoins elles ont en commun leur ascension politique dans un pays où il reste beaucoup à faire pour briser le «plafond de verre» maintenu par le patriarcat.

De mère japonaise et de père taïwanais (un point critiqué par certains conservateurs soucieux des questions de pureté raciale), Renho, comme on l’appelle, est à 48 ans la nouvelle présidente du parti démocrate (au centre sur la photo). Ancienne journaliste, figure populaire de la gauche, jamais à cours de formules choc, elle avait par exemple lancé en 2009 à la face des technocrates qu’il n’y a rien de mal à «être numéro 2 mondial», et non numéro 1, dans la très coûteuse course au développement des superordinateurs. Aujourd’hui, Renho condamne le plan de relance économique du premier ministre Shinzo Abe. Ses remarques font mouche, mais son propre programme manque de définition.

Renho s’est récemment rapprochée de Yuriko Koike, la gouverneur de Tokyo, dont les idées sont pourtant situées nettement plus à droite. Koike a fait campagne sans le soutien de son camp, les libéraux-démocrates de Abe. Il se murmure qu’elle pourrait lancer son propre parti, raison probable de l’intérêt de Renho. Les deux politiciennes partagent la volonté de limiter les coûts des Jeux Olympiques de Tokyo 2020.

Yuriko Koike (à droite sur l’image), 64 ans, deviendra-t-elle la première femme à diriger le pays? Certains observateurs le pensent. Il s’agirait d’une belle avancée pour l’égalité. Les convictions de Koike, néanmoins, sont loin d’être toutes situées du côté du progrès social. Au-delà de ses volontés écologistes, la gouverneur est membre du groupe nationaliste Nippon Kaigi, qui promeut une vision moins contrite du passé impérialiste japonais et la modification de l’article de la constitution garantissant le pacifisme de l’Archipel.

Tomomi Inada (à gauche sur l’image), 57 ans, ancienne responsable du département «Cool Japan» devenue ministre de la défense, est une figure appréciée de l’extrême droite. Abhorrée en Chine et en Corée, Inada a par le passé cherché à réfuter certaines exactions commises par les Japonais lors du massacre de Nankin, et à minimiser l’usage de la force dans le système de prostitution de l’armée impériale durant la seconde guerre mondiale. Shinzo Abe, qui en a fait sa protégée, la verrait bien, dit-on, lui succéder à la tête du gouvernement.


Copyright le temps.ch

logo-1-ff-blanc

Octobre 2016