3 femmes témoignent d’un changement de regard sur elles, toutes trois porteuses du voile islamique

trois-femme-voile Forte hostilité, remarques désobligeantes: trois musulmanes témoignent d’un changement de regard sur le port du voile dans l’opinion. Alors que la méfiance des Français est grandissante, le quotidien de ces femmes s’avère chamboulé.

 


Samia, Hafida et Fatima témoignent d‘un changement de regard sur elles, toutes trois porteuses du voile islamique. Dans la rue, sur les plages et dans les transports, elles ressentent de plus en plus d’hostilité à l’égard des femmes voilées. L’islamophobie gagne du terrain en France après une série d’attentats, et le voile est régulièrement sujet à réflexions, souvent désobligeantes.

Fatima, une Parisienne de 28 ans, s’est récemment faite épingler pour sa tenue. Si elle ne porte pas le voile sur son lieu de travail, cette esthéticienne le revêt lors de ses pauses déjeuner, ce qui provoque des remarques autour d’elle.

“Ce n’est pas le moment de montrer sa religion. C’est quelque chose d’intime. Vous le faites chez vous, pas ici”, lui lance une dame, installée une table plus loin au restaurant.

“Ma religion, je l’applique pour moi-même, pas pour vous. Je ne vous ai pas demandé de porter le voile, de devenir musulmane (…) Comme moi je vous respecte, vous me respectez”, lui répond alors Fatima.

Dans le tramway niçois, il est arrivé la même mauvaise expérience à Hafida. Éprouvant des difficultés de mobilité, cette aide-soignante de 52 ans se déplace avec des béquilles. En entrant dans la rame, une dame lui propose alors sa place.

Une autre personne réagit: “Il ne manque plus que ça: qu’on laisse sa place à une femme voilée!”

“Que répondre à ça?”, s’interroge la quinquagénaire, qui n’a pas cherché à répliquer.

A Paris comme à Nice, récemment touchées par des attentats, la tension est palpable et beaucoup de regards ont changé.

“Le voile n’est pas isotherme”

Selon une étude, 35% des femmes musulmanes porteraient le voile en France. Mère de trois filles, Hafida ne le leur a par exemple jamais imposé. Leïla, son aînée, a 30 ans et travaille dans l’événementiel. Elle est pratiquante mais a choisi de ne pas se couvrir la tête.

“Pour l’instant, je n’en ressens pas le besoin mais ça viendra peut être comme un déclic”, témoigne Leïla.

Sa mère rejette toutefois l’idée qu’on assimile le voile à un archaïsme.

“Je me sens une femme d’aujourd’hui. Je conduis, je sors, je m’instruis. Il ne faut pas penser que le voile empêche les idées de rentrer. Il n’est pas isotherme”, ironise Hafida.

Preuve de son ouverture, la quinquagénaire retrouve chaque jour sa meilleure amie de confession catholique. Ensemble, elles se baignent le long de la promenade des Anglais, à Nice: l’une en tunique, l’autre en bikini. Le burkini ayant suscité la polémique sur les plages azuréennes, de moins en moins de femmes se baignent habillées.


Le rire pour désamorcer les peurs

Pour lutter contre les clichés, d’autres ont décidé d’en rire. C’est le cas de Samia Orosemane, une humoriste parisienne qui s’est notamment fait connaître par une vidéo sur la toile, qui ressort après chaque attentat.


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Voile sur la tête, elle s’adresse, avec son fort accent tunisien, “aux malades mentaux qui décident de se déclarer islamistes”. “Merci de choisir une autre religion”, leur demande-t-elle, exaspérée par la montée de l’islamophobie.

A travers l’humour, Samia parvient à rassembler: hommes, femmes, jeunes, seniors de toute confession. Par ses blagues et son autodérision, les messages se véhiculent mieux. Un moyen d’apaiser les esprits et de faire retomber la tension dans une atmosphère de méfiance.


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Octobre 2016