Des avancées pour les femmes scientifiques en Afrique

Le nombre de femmes ayant accès à l’éducation en Afrique sub-saharienne monte en flèche depuis les années 70, signe d’un incroyable progrès pour les femmes à travers le continent. Toutefois – triste réalité – malgré cette évolution, de nombreux pays ne sont tout simplement pas équipés ni préparés pour s’adapter à cette croissance. Dans ce cas précis, nous nous intéressons à l’éducation des femmes en Afrique, plus précisément à d’éminentes femmes scientifiques qui ont, contre vents et marées et grâce au déploiement de réseaux de soutien, surmonté les obstacles et encouragé les femmes à embrasser des carrières scientifiques et techniques en Afrique.


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L’éducation en Afrique : Une dynamique particulière

Le vaste continent africain abrite une myriade de cultures et de traditions qui représentent des défis particuliers, des politiques et des pratiques complexes – en particulier pour les femmes. Pourtant, malgré les difficultés persistantes, le nombre de femmes ayant accès à l’éducation en Afrique sub-saharienne a augmenté de façon significative depuis les années 70. En réalité, la scolarisation dans l’enseignement supérieur a augmenté plus rapidement en Afrique subsaharienne que dans n’importe quelle autre région du monde, avec des chiffres dépassant actuellement les 4,5 millions, environ 20 fois plus qu’en 1970 . Cette formidable progression est la preuve d’une incroyable avancée pour les femmes aussi bien que pour les hommes, à travers tout le continent.

Plusieurs gouvernements ont reconnu le rôle important des femmes pour l’avenir économique de leur pays ainsi que l’importance d’encourager leur éducation. Cette prise de conscience touche les gouvernements, du Ghana jusqu’au Zimbabwe : en mettant l’accent sur les sciences, la technologie et l’innovation, par exemple, et en soutenant l’un de leurs plus grands atouts – les femmes – un meilleur avenir économique est possible.


lydiamakhubu« Considérant l’importance de la famille et des enfants aux yeux des femmes, nous avons une approche unique de la science et de son application, favorisant et valorisant la dimension humaine des sciences et de la technologie par l’amélioration de la qualité de vie et de la condition humaine », explique Lydia Makhubu, présidente de la Third World Organization for Women in Science et vice-recteur de l’Université du Swaziland.

En effet, un meilleur accès des filles à l’éducation et aux sciences a longtemps été l’une des principales préoccupations en matière de développement, précisément en raison de ses effets positifs à long terme sur l’individu, la famille et la société en général. Comme le confirme une étude réalisée par le Centre international de recherche sur les femmes, « les femmes sont mieux à même de contrôler leur propre destin et de favoriser le changement dans leurs propres communautés quand elles ont des niveaux d’éducation plus élevés ».

Les femmes africaines elles-mêmes prennent conscience qu’elles ont le pouvoir de faire voler en éclats les sempiternels stéréotypes. Toutefois, le fait est que le système éducatif africain est tout simplement submergé par cette augmentation de la demande et ne peut satisfaire tous les étudiants, priorité étant souvent donnée aux étudiants de sexe masculin. Les femmes sont également confrontées à d’importants obstacles empêchant leur accès à l’enseignement supérieur, dans des pays où les niveaux de richesse nationale sont les plus bas – la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, l’Éthiopie, le Malawi, le Niger et le Tchad.

Selon le récent rapport mondial de suivi de « Éducation Pour Tous (EPT ) », par exemple, environ 54% des filles en âge d’aller à l’école primaire n’ont jamais fréquenté une école. Autre point, les femmes représentent également moins de 20% des étudiants dans les disciplines scientifiques de l’enseignement supérieur.

L’accès des femmes à l’éducation en Afrique est rendu difficile pour de nombreuses raisons. Les familles pauvres ont tendance à dépenser l’argent disponible (pour les frais de scolarité ou l’achat de livres et d’uniformes) pour l’éducation des garçons car ils sont considérés comme les futurs soutiens financiers de la famille. Dans certaines cultures, les filles sont données en mariage très jeunes car elles sont considérées comme des fardeaux pour le budget de leurs familles. Enfin, le manque d’installations sanitaires séparées pour les filles dans de nombreuses écoles peut constituer un frein.


Les femmes et la science en Afrique : promouvoir le changement

Conséquence directe de ce projet, de nombreuses d’organisations se sont installées dans la plupart des pays les plus pauvres et se sont employées à surmonter ces obstacles, en déployant un réseau de soutien dont les femmes africaines ont désespérément besoin pour prospérer. En dépit des difficultés, l’éducation et les sciences sont considérées comme de puissants catalyseurs de changement.

D’un côté l’« African Women’s Forum on Science and Technology » (Forum des femmes africaines sur les sciences et la technologie) crée un programme de parrainage, associant une scientifique expérimentée avec une plus jeune, moins expérimentée afin de travailler sur de nouveaux projets d’innovations ; de son côté, l’organisation « Women in Entrepreneurship, Infrastructure and Sustainable Energy Developement » (WEISED), offre des opportunités aux femmes qui travaillent ou étudient dans le domaine des infrastructures et des énergies renouvelables.

La filiale du Burkina Faso du Forum for African Women Educationalists (FAWE) – Forum pour les femmes africaines dans l’éducation, une organisation qui œuvre pour la promotion de l’égalité des sexes et l’éducation en Afrique, met davantage l’accent sur l’importance de développer, chez les filles, une réflexion sur leur propre identité, afin de les aider à développer des notions positives telles que la conscience de soi et l’estime de soi.

 

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Absétou Lamizana, directrice du FAWE au Burkina Faso, explique l’importance de l’estime de soi pour le développement personnel et professionnel des femmes : « Le manque d’ambition, de confiance en soi et d’estime de soi sont des obstacles pour les filles, en particulier dans une culture où l’inégalité des sexes et les attitudes rétrogrades à l’égard du rôle des filles et des femmes sont profondément ancrées. Cela crée un environnement dans lequel elles ont très peu confiance en elles-mêmes et sous-estiment leurs capacités » .

Un autre puissant catalyseur de changement et d’action est l’organisation basée en Afrique du Sud : Leading Women of Africa (LWA) – les femmes leaders en Afrique. LWA se concentre sur des solutions concrètes et soutient l’action déjà menée par des femmes scientifiques dans divers secteurs tels que l’agriculture, la santé, le bâtiment et l’immobilier.

Le partenariat L’Oréal-UNESCO a également contribué à encourager les projets scientifiques, et a mis en lumière les réalisations de femmes scientifiques africaines, à travers le continent. En 2010, il a lancé le « L’Oréal-UNESCO Regional Fellowships Program » (le programme de bourses régional L’Oréal-UNESCO) pour les jeunes femmes scientifiques en Afrique sub-saharienne en apportant un financement indispensable à des programmes de doctorat.

 


D’incroyables pionnières scientifiques
wangari-muta-maathaiGrâce à la création de ces organisations et au travail d’éminentes scientifiques, à l’exemple de Wangari Muta Maathai, les femmes parviennent à surmonter des défis extraordinaires en Afrique.

Fait exceptionnel et forçant le respect, Wangari Muta Maathai fut la première femme africaine à recevoir le Prix Nobel de la Paix. Elle fut également la première femme titulaire d’un doctorat (en biologie) de l’Afrique de l’Est à l’Afrique Centrale et la toute première femme professeur au Kenya, son pays d’origine. En 1977, elle lança le mouvement “The Green Belt“, pour combattre la déforestation qui menace les agriculteurs et leurs terres. La campagne encourageait les femmes à planter des arbres et à adopter un modèle plus écologique. Le mouvement s’est étendu à d’autres pays africains et a contribué à planter plus de trois millions d’arbres.

« Depuis le début, j’ai tout misé sur la communauté des femmes rurales du Kenya, ce fut la clé du succès du mouvement ‘The Green Belt‘. Tout nouvel adhérent au mouvement, en l’occurrence les femmes, doit apprendre que planter des arbres ou lutter contre la déforestation fait partie d’une plus large mission : créer une société qui respecte la démocratie, la dignité humaine, la primauté du droit, les droits de l’homme et les droits des femmes. Les femmes aussi assument des rôles de leader, dirigent des crèches, travaillent main dans la main avec les forestiers, conçoivent et mettent en place des projets communautaires dans le domaine de la collecte de l’eau ou de l’hygiène alimentaire.Toutes ces actions aident en retour les femmes à prendre de l’assurance et diriger seules leurs propres vies. » , déclare le Dr Maathai. Le courage du Dr Maathai et le travail de toute une vie ont laissé un héritage positif pour les femmes scientifiques en Afrique, continuant d’apporter l’espoir et prouvant que le changement est possible grâce à l’éducation.


Doctor Segenet Kelemu, Laureate for Africa and the Arab States/ Docteur Segenet Kelemu, Lauréate pour l'Afrique et les Etats Arabes - © Julian Dufort
Dr Segenet Kelemu, Lauréate pour l’Afrique et les Etats Arabes – © Julian Dufort

L’histoire du Dr Segenet Kemelu, lauréate 2014 du Prix L’Oréal-UNESCO pour l’Afrique et les Etats Arabes, en est encore une bonne illustration et souligne l’importance d’encourager les jeunes filles et les femmes à étudier les sciences. Le Dr Kelemu est partie de loin : elle a commencé par le travail aux champs dans son Ethiopie natale et s’est battue de toutes ses forces pour occuper la place qui est maintenant la sienne dans la société. Elle a surmonté de nombreux obstacles pour devenir une éminente femme scientifique en Afrique.

Ayant grandi dans un village isolé d’Éthiopie, le Dr Segenet a dû affronter les diverses tâches qui incombent traditionnellement aux femmes : désherber, cueillir des baies de café, ramasser du bois, aller chercher de l’eau. Le travail était sans fin et aller à l’école était secondaire.

Le Dr Segenet Kelemu se souvient que la plupart des jeunes filles de son âge étaient déjà mariées mais elle, elle avait eu de la chance car ses parents échouaient à lui trouver un prétendant. « J’étais dans la catégorie indésirable, incasable. Aucune belle-famille ne m’aurait acceptée car j’étais trop rebelle et forte tête. Je peux facilement imaginer que cela devait être un sujet d’inquiétude pour mes parents à l’époque, mais je savais depuis le début que j’avais de la chance. Avec le recul, je sais que mon attitude d’alors m’a permis de gagner ma liberté », explique-t-elle.

Actuellement directeur général du Centre international de physiologie et d’écologie des insectes (ICIPE) à Nairobi (Kenya), le Dr Kelemu souhaitait poursuivre des études d’agronomie afin d’améliorer les conditions de travail des petits agriculteurs et en particulier des femmes des pays en développement. Les travaux du Dr Kelemu sont inestimables car ils apportent de nouvelles solutions pour la production écologiquement responsable de cultures vivrières, en particulier par des petits producteurs locaux. Ses découvertes réduiront les pénuries d’aliments pour le bétail, amélioreront la fertilité des sols, la production de lait et de viande bovine, et, par conséquent, feront évoluer les moyens de subsistance. Son histoire illustre parfaitement l’importance des femmes dans les sciences, et le rôle crucial qu’elles jouent dans l’avenir de l’Afrique – et du monde.


Et le progrès suit son cours.
dr-patience-mthunziRécemment, le magazine Forbes a classé le Dr Patience Mthunzi parmi les 20 jeunes femmes les plus influentes d’Afrique. Chercheuse confirmée au National Laser Centre au Council for Scientific and Industrial Research (CSIR) – Centre pour la recherche scientifique et industrielle, le Dr Mthunzi a rapidement acquis une reconnaissance internationale pour son travail en bio-photonique, une science nouvelle qui s’appuie sur l’étude microscopique des cellules et des molécules grâce au laser. Celui-ci peut être utilisé en sciences de l’environnement, en agriculture et en médecine le Dr Mthunzi travaille sur un test sanguin laser de dépistage du VIH, et utilise le laser dans le traitement du cancer, dans les recherches sur les cellules souches et sur les maladies neuro-dégénératives). « Rien n’est impossible », explique le Dr Mthunzi. « Malgré la précarité dans laquelle j’ai grandi [une enfance à Soweto], je prenais les cours en afrikaans et traduisais mes notes pendant la nuit, mon amour de la science m’a aidée à tenir bon. Et c’est toujours le cas ».


Les femmes et la science : clé de l’avenir de l’Afrique
lagarde-christineFemmes, technologie et sciences sont sans aucun doute les trois éléments d’une combinaison gagnante pour une croissance soutenue et le développement socio-économique de l’Afrique. Cette combinaison conserve un impact profond et à long terme sur la distribution des revenus, la croissance économique, l’emploi, le commerce, l’environnement et les infrastructures industrielles, à travers le continent . Comme l’a dit Christine Lagarde, Directrice générale du Fonds monétaire international, lors du Forum économique mondial de Davos, « Quand les femmes progressent, les économies progressent » . Alors qu’il y a encore un long chemin à parcourir, nul doute que de grands progrès ont été réalisés pour rendre les femmes africaines plus fortes et plus autonomes grâce aux sciences et à l’éducation. De plus, les femmes elles-mêmes se rendent compte qu’elles aussi peuvent combattre les stéréotypes et se forger un avenir grâce à l’éducation.


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