Une jeune styliste remet à la mode des effets vestimentaires des temps anciens au Burundi

Bujumbura, Burundi – Des effets vestimentaires à partir d’écorces de bois, sous la fine touche de Mlle Anick Kabatesi (33 ans), sont parmi les grands attraits d’une foire commerciale burundo-kenyane, en cours depuis bientôt une semaine à Bujumbura.


fashion-annickLa jeune styliste est aujourd’hui au sommet de son art malgré un parcours atypique, dont une dépression nerveuse d’enfant abandonné, confie-t-elle.

Le père: « je ne l’ai pas connu ».  La mère: « elle m’a abandonné à la naissance » et c’est la Grand-mère maternelle qui l’a finalement récupérée.

Un sourire radieux ne quitte néanmoins pas les lèvres de la jeune styliste qui dit devoir sa survie aux orphelinats et à la rage de se reconstruire, d’abord grâce à de petits jobs de serveuse, la nuit, dans des restaurants chics de Bujumbura, ensuite aux études, le jour.

En 2008, Mlle Anick sort de sa collection un ensemble complet fait de jupe, de blouse, d’un chapeau et de chaussures pour recevoir le premier « diplôme des humanités complètes » en lettres, grâce au soutien matériel et moral  de  l’ « Association mondiale des amis de l’enfance » (AMADE-Burundi).

 


annick-2La jeune styliste prépare actuellement un master en sciences de la communication pour le développement dans une université privée de Bujumbura.

Aujourd’hui, c’est une autre Anick plus mature et apaisée qui tient la dragée haute aux autres exposants à la foire burundo-kenyane, avec des chapeaux, des robes, des boubous, des vestes, des porte-documents, des mallettes et autres gilets taillés sur mesure sortis du bois, dans l’intention de remettre au goût du jour la culture vestimentaire ancestrale.


« N’eut-été cette touche particulière à laquelle s’attache la jeune styliste, on se croirait revenu à l’époque de la chasse et de la cueillette où l’on couvrait le corps humain de morceaux de tissus en écorce de ficus », s’est émerveillé sur les lieux, André Nduwimana, un professeur agro-environnementaliste à l’université publique de Bujumbura.
« La tenue allait parfaitement bien avec les conditions socio-économiques et climatiques de l’époque et je félicite Mlle Kabatesi de savoir marier la tradition et la modernité », a dit le professeur, avant de prendre congé du stand sur une promesse de revenir acheter « quelque chose » avant la clôture de la foire, dimanche prochain.
Avant lui, le vice-président burundais, Gaston Sindimwo, a été « mon premier client » aussitôt après avoir lancé les cérémonies officielles de la foire, lundi dernier, a précisé Mlle Anick, non sans être contente d’avoir encaissé d’un coup, 420.000 francs burundais (près de 250 dollars américains).

Le vice-président était reparti avec une veste à 300.000 francs, un chapeau à 50.000 francs, un cartable à 70.000 francs et sur des promesses d’encourager les autres membres du gouvernement à consommer local, y compris en matière d’habillement.

Le « travail de fourmi » autorise de tels prix jugés élevés par rapport aux magasins modernes d’habillement, s’est-elle défendue face aux observations insistantes des visiteurs qui n’avaient acheté, à la veille de la clôture de la foire, que 25 chapeaux, 7 porte-documents, 2 sacs à main, 2 gilets, 4 vestes et un boubou.
Pour obtenir un vêtement complet, il faut d’abord racler la couche superficielle d’écorce, la détacher avec précaution du reste du tronc d’arbre, la battre sur toutes les faces, puis plier et sécher au soleil jusqu’à obtenir un rouleau souple, a-t-elle expliqué.

Les couturiers détachent des pièces du rouleau, les assemblent avec du fil fait en fibre d’orties et à la fin, le produit ressemble aux autres types de vêtements qu’on peut laver à l’eau et repasser, de préférence à sec, recommande la styliste burundaise dont la foire n’est pas sa première vitrine.

Le mois dernier, c’est elle qui avait habillé certaines jeunes filles candidates à la couronne de  « Miss Burundi » 2016.

Un « problème de communication » l’a empêché de justesse d’habiller encore les membres de la délégation d’athlètes burundais aux récents Jeux olympiques de Rio de Janeiro (Brésil).

La vice-championne du monde aux 800 mètres à Rio, Mlle Francine Niyonsaba, « était de ceux qui tenaient à ce que je les habille pour l’ouverture des jeux, mais la commande est arrivée tardivement », a-t-elle regretté.

Ballottée entre la tradition et la modernité, la jeune styliste burundaise ne dédaignerait pas un mari « Blanc » et espère encore conquérir le marché européen pour prendre sa revanche sur la vie qui ne l’a toujours pas favorisée.

Pour le moment, elle dit avoir déjà fait le Kenya, le Rwanda et l’Egypte dans le cadre des événements de la mode vestimentaire, assortis de nombreuses distinctions honorifiques, dont celle de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), en 2014.


Copyright PANAPRESS – 09 septembre 2016

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Septembre 2016